Retour sur l’ID GÉNÉRATEUR, un petit nouveau qui a du charme


21 septembre 2017 | 15:10

Cette année, le Festival de Cinéma de la ville de Québec nous a proposé une nouvelle forme de rencontre, l’ID générateur.nickgray_idgenerateur_compterendu_qcnum

Voici un petit compte-rendu de l’événement auquel nous avons assisté.

Amandine Gauthier, auparavant à la direction administrative et à la codirection générale du Théâtre le Trident, a initié cet après-midi conçu autour du storytelling. C’est une pratique qui vise à raconter des histoires pour attirer l’attention et qui est bien connue des gens de communication et de marketing.

Accueilli par le Monastère des Augustines, véritable hâvre de paix au coeur de la ville de Québec, nous avons commencé la séance sans micro. Le calme s’est fait dans la salle comble et on a attendu qu’on nous raconte des histoires.

Parce que c’est ça, le storytelling : applicable à à peu près tout, l’idée est de faire parler les émotions, faire vivre une expérience. Bref, faire en sorte qu’on se rappelle de vous.

 

Véronique Boisjoly, auteure, productrice- conceptrice d’applications pour iPad pour les tout-petits, elle a aussi une expertise en communication, administration et… en faiseuse de rêve.

De sa voix douce, elle commence à nous parler du « hacking » dans les musées. Pour ceux qui la connaissent, c’est bien normal: Véronique est active dans l’équipe de Museomix QuébecLe « hacking » est, dans le contexte de Museomix, une façon toute sympathique – voire bienveillante – de « remixer » les collections d’un musée et ses oeuvres.

Véritable tour de force d’acteurs chevronnés, Museomix a été créé en France en 2011 et existe désormais dans de nombreux autres pays notamment ici, à Québec. Trois éditions ont eu lieu: une au Musée de la Civilisation, une autre au Musée des Beaux-Arts de Québec, une encore, l’année passée, dans les mêmes lieux qui nous ont accueillis, au Monastère des Augustines.

L’idée: par équipe de profils tous bien différents (communicatrices et communicateurs, designers, spécialistes de contenu, médiatrices et médiateurs, codeuses, codeurs et autres makers), on travaille d’arrache-pied pendant 3 jours (et parfois la nuit !) afin de repenser une oeuvre, un lieu, une perception. Le tout avec l’aide de la technologie. À la fin, un prototype est créé par les équipes et le public est invité à s’immerger dans cette nouvelle façon de voir le musée.

L’enjeu: « le musée doit être fou pour recevoir de telles équipes ». Véronique raconte quelques beaux projets ici et là qui ont marqué les esprits : d’une installation qui déclenche le son d’un moteur d’avion ainsi que des vidéos aux prototypes testés par les Augustines lors de la dernière édition. C’est ça Museomix : raconter des histoires et faire partie du rêve devenu réalité.

Et tout ça, sans rien connaître aux musées ! souligne-t-elle en riant.

 

Nick Gray, PDG de Museum Hack, poursuit le sujet.

Véritable acteur, il a scandé sa haine des musées : il se sent intimidé, et en général, il a mal aux pieds après quelques heures. Et c’est bien normal : qui n’a jamais ressenti ?

Après une mise en bouche à propos de son oeuvre d’art favorite découverte au hasard d’une « date » au musée, Nick nous raconte son idée de passer son anniversaire dans ce lieu quelque peu insolite, qui a déclenché l’idée des visites guidées originales. Appuyant ses propos par quelques photos savamment choisis, il en vient au coeur de ses activités : il réalise des visites guidés dans les musées, mais pas de n’importe quelle façon !

C’est, pour lui, trouver les guides non pas par des interviews mais en faisant des auditions.

C’est, plutôt que de toujours réaliser les mêmes parcours, proposer aux guides de choisir leurs pièces favorites et de les raconter avec passion.

La passion, c’est la clef qui va dans ces trois serrures : guide, game, gossip.  

Les guides connectent avec leur auditoire. Ayant la liberté de parler des oeuvres qui les animent, les guides mettent en valeur leurs forces : yoga, chansons, courses et autres jeux (le game). Ils deviennent de véritables animateurs de visite. Capable de s’adapter à leur public, ils tournent le sujet à leur avantage : avec un groupe de jeunes financiers, on parle de l’oeuvre la plus chère du musée et pourquoi pas ?

Cette connexion est effectivement importante : connaître son public permet une meilleure cohérence du sujet et l’auditoire en se sentant concerné se remémorera davantage l’expérience (le gossip dont on parlait tantôt). Dans le fond, il s’agit de ressentir quelque chose.

 

Stéphane Veilleux, directeur de création chez Larouche Marketing Communication poursuit l’après-midi en annonçant que « la pub, c’est de la m**** » mais, bien faite, elle a le mérite de fonctionner. Se focaliser sur un aspect de notre produit serait, selon lui, une approche qui se remémore. Avec des exemples certes un peu datés (« la sécurité et rien d’autre » de Volvo m’a fait sourire), il n’engage pas moins l’auditoire à penser ce qui peut pousser un client à acheter une marque plutôt qu’une autre. En fait, on achète une émotion, des ressentis car « ce que le coeur sait aujourd’hui, la tête le saura demain ».

Mais Stéphane ne nous laisse pas là, il va plus loin en parlant d’un exemple plus rigolo, celui de l’agence ayant décroché un contrat après avoir fait attendre plus de 50 minutes les directeurs de British Rail… sous le seul prétexte que c’est ce qu’ils faisaient vivre à des milliers d’usagers !

Cela fait revenir aux émotions, au coeur de l’identité de la marque.

Avec plus de 4 000 stimuli publicitaires par jour, il faut amener du neuf, du beau, tout en étant clair et pertinent:

« On réinvente sans cesse les tragédies grecques, on peut bien réinventer une pub pour un savon ! » Et nous sommes bien d’accord.

Mais nous, gens de la culture, pouvons-nous vraiment développer cette super héroïne qu’est la publicité comme cette agence avec British Rail ? Cela dit, avec un peu d’audace, nous pourrions révolutionner bien des choses !

 

Karina Marceau, journaliste, scénariste, réalisatrice, productrice et animatrice, est venue adoucir le portrait en nous donnant des petits conseils pour toucher le coeur.

Vendre, c’est faire valoir, trafiquer, recevoir en privilège d’argent, et elle préfère parler d’impact du message.

 

Après une pause bien mérité, Philippe Lamarre d’Urbania et Sandra Rodriguez, chercheure MIT et directrice de création chez EyeSteelFilm_RéalitéCréative, ont décidé de « hacker » le musée en changeant la salle de disposition. Ces deux-là ont des rêves pleins la tête depuis toujours : Philippe avait un journal à l’âge de 9 ans (avec 4 abonnés, membres de sa famille certes, mais…) et Sandra souhaitait être espionne.

Là, on a jasé plus simplement : dans la vie, il faut bien s’entourer.

Être un peu rebel ? Pas un problème.

Donner un cours sur la réalité virtuelle à des petits génies au MIT ou faire des productions pour la télé quand on n’en a jamais fait ? Pas un problème.

Le « hacking » (originellement utilisé par le MIT pour parler d’un bon coup très ingénieux, comme celui de démonter une voiture de police pièce par pièce et la remonter sur le toit de l’université, en une nuit, sans se faire prendre) est en fait présent dans toute leur vie, qu’ils en soient acteurs ou spectateurs.

Parmi les nombreux sujets survolés lors de ce panel, Sandra soulève un point intéressant pour travailler l’innovation lorsqu’on raconte des histoires : cela prend une bonne équipe, autrement dit : des poètes (pour rêver), des pirates (pour détourner), et des pionniers (pour essayer, encore et encore).

Une autre réflexion est amenée par l’utilisation de la réalité virtuelle comme outil innovant pour raconter des histoires. À cela, Sandra répond : « Pourquoi s’acharner sur notre vision pour raconter des histoires quand elle ne concentre que 10 % de tous nos sens ?».

Et Philippe de préciser que si ce sont des choses à tester, la technologie peut parfois constituer un frein : une caméra pour la réalité virtuelle pour filmer un documentaire en caméra cachée peut difficilement être cachée.

 

C’est en fait dans le détournement de l’usage qu’on va trouver l’utilité à l’outil, qui n’est finalement, qu’un outil…

 

Dans le doute, retroussez vos manches et écrivez des histoires !


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