Prédictions TMT 2016 : le numérique dans tous ses états


3 février 2016 | 15:08

Vendredi 22 janvier, j’ai assisté aux Prédictions TMT 2016, présentée comme à l’accoutumée par Duncan Stewart, directeur de la recherche du secteur des Technologies, médias et télécommunications (TMT) pour Deloitte Canada. Dans une ambiance conviviale, pleine d’humour et un peu geek, Deloitte nous a livré les grandes lignes sur les tendances dans le secteur des TMT.

A la suite de la présentation, j’ai eu l’immense privilège de pouvoir poser quelques questions en off à Duncan pour creuser sur certains points.

Les deux prédictions « préférées » de Duncan

Duncan Stewart

 

C’était assez difficile pour Duncan de répondre à cette question car ce sont toutes des prédictions exaltantes, elles sont toutes le fruit d’un long travail, ses « bébés » en quelques sortes. Il a néanmoins réussi à en dégager deux :

 

Le commerce tactile mobile

Du point de vue du consommateur, il a souligné l’apparition du commerce tactile mobile, qui devrait permettre d’améliorer considérablement l’expérience utilisateur et ainsi réduire le nombre d’abandon de panier pendant le processus d’achat en ligne. En effet, nombreux sont ceux qui abandonnent en cours de route car le processus est long et parfois complexe. Il faut renseigner le nom, l’adresse, les informations bancaires… Or, sur mobile, il y a d’autant plus cette nécessité d’aller vite et bien.

Cela a l’air simple au premier abord mais le paiement par emprunte digitale répond à un enjeu capital. C’est pourquoi Deloitte estime que le paiement tactile devrait augmenter de 150 % et atteindre plus d’un million d’utilisateurs au Canada en 2016.

 

Les technologies cognitives

Sciences cognitives

Sources : Deloitte #TMTpredictions 2016

Du côté des entreprises, la prédiction la plus significative concerne les technologies cognitives et l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, les sciences cognitives ont dépassé le stade de l’expérimentation pour entrer de plein pied dans la réalité des entreprises. Les grandes entreprises n’auront plus d’autres choix que d’avoir recourt à l’intelligence artificielle. Ce n’est plus une option, c’est devenu une nécessité.

L’apprentissage automatique, la reconnaissance de la parole, le traitement du langage… toutes ces technologies cognitives devraient émerger dans les entreprises au cours de 2016 et répondre à des besoins concrets comme déchiffrer une ordonnance médicale. Deloitte prédit une augmentation de 25 % en 2016, et en 2020, environ 95 % des 100 plus importantes sociétés devraient avoir incorporé au moins une technologie cognitive.

 

Les femmes en TI : la route est longue

Le communiqué de presse de Deloitte sur les Prédictions TMT 2016 plante un décor peu heureux mais réaliste. « La situation est pire que vous le pensiez et aucune amélioration n’est en vue : Deloitte prédit que seulement 22 % des emplois dans les technologies de l’information (TI) au Canada seront occupés par des femmes. » Comme le déplore Julien Lassonde dans sa conclusion à la rencontre, c’est l’aspect désolant de ces prédictions.

 

L’importance d’avoir plus de femmes en TI

Femmes et Numérique

Sources : Deloitte #TMTpredictions 2016

Duncan souligne la question d’équité bien sûr. Le secteur des technologies est en pleine expansion, les femmes ne devraient pas en être exclues. Au contraire, le numérique devrait même être une source d’opportunités pour les femmes.

Mais bien au-delà de la question d’égalité des sexes, réside un enjeu de productivité et de rentabilité. Bâtir des équipes mixtes est source de richesse et de profit. Des équipes uniquement masculines ou uniquement féminines sont nécessairement moins performantes que des équipes constituées d’hommes et de femmes. « Diversity makes better even stronger everything ».

 

Le poids des représentations culturelles

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans les métiers des technologies de l’information ?

Si on peut se féliciter que l’écart de salaire est moins important (ce qui ne veut pas dire satisfaisant pour autant) dans ce secteur que dans les autres, les stéréotypes de sexe y ont néanmoins particulièrement la dent dure.

Les femmes s’orientent moins dans les formations en TI (seulement 25 % des étudiants en informatique au Canada sont des femmes, et plus alarmant encore on constate une diminution par rapport au 27 % de 2009).

Le poids de l’éducation et des représentations socioculturelles y est certainement pour quelque chose. L’éducation et les institutions, elles-mêmes, véhiculent les clichés de genre en matière de TI. Cette publicité de l’Éducation Nationale française nous livre d’ailleurs un excellent exemple :

pub sexisme

Duncan ironise, de son côté, sur l’absence d’une Barbie geek. « Il y a Barbie docteur, Barbie avocate mais où est Barbie TI ? »

On pourrait penser qu’en utilisant l’icône de Barbie, nous restons dans des représentations stéréotypées. Mais le simple fait qu’il y ait une Barbie dans les autres professions et pas en TI est symptomatique d’un malaise et c’est bien sur cet aspect que Duncan veut appuyer. Il ne s’agit donc bien évidemment pas d’enfermer les femmes dans des modèles stéréotypés et de les réduire à ces usages.

Les leviers d’amélioration

En aparté, Duncan me livre son ressenti sur les réseaux de femmes. « Ce ne sont pas une mauvaise chose, mais à eux seuls, ils ne résoudront rien. Cela fait une dizaine d’années qu’on les expérimente sans que cela ait réellement d’incidence positive. Ce qu’il faut, avant tout, ce sont plus de rôles modèles féminins, plus de mentors. »

Il faut également être capable de changer les infrastructures et les procédures : développer des formations plus attractives auprès du public féminin, améliorer le processus de recrutement, de rémunération et d’évolution de carrière. La question est d’attirer les femmes bien sûr, mais aussi de les retenir en créant un cadre de formation et de travail propice.

 

Génération Y et pratiques digitales 2016

La génération Y (18-24 ans) suscite l’interrogation et souffre de nombreux préjugés que l’on retrouve également dans le domaine du numérique.

Génération pro-Pc

Contre toute attente, les jeunes de la génération Y, que l’on pensait génération 100 % mobile, parfaitement post-pc est en fait la génération pro-Pc par excellence et celle qui sait le mieux utiliser les ordinateurs. D’ailleurs, depuis l’apparition de l’I-Phone ou de l’I-Pad, on constate une augmentation de l’utilisation des ordinateurs auprès des jeunes.

Ces jeunes utilisent massivement les cellulaires, mais ce n’est pas au détriment des ordinateurs. C’est en parfaite complémentarité et voire même en simultanéité : « un smartphone dans une main, et un ordinateur portable dans l’autre ». Cette génération « avertie » utilise l’ordinateur pour toutes les tâches où l’ordinateur offre un meilleur confort ou une meilleure expérience.

Génération Y et Entreprise

Gen Y ProPC

Sources : Deloitte #TMTpredictions 2016

Que les employeurs se rassurent, cette génération qui arrive en masse dans le monde du travail, est donc bel et bien apte à utiliser l’ordinateur sous toutes ces facettes. Souvent vue comme une génération smartphone, fainéante, individualiste, Duncan renverse la vapeur et mise sur leurs compétences bureautiques. Les entreprises pourront compter sur cette génération pour être performantes : « ils seront bons et enclins à réussir. Mes enfants en connaissent plus en termes d’applications liées à la productivité que moi à leur âge. »

Selon Duncan, il y a également un véritable enjeu pour les entreprises à s’adapter aux pratiques de ces jeunes salariés et notamment en intégrant l’utilisation des textos dans les organisations. « Ils préfèrent texter, les entreprises devraient en tenir compte et développer des solutions qui le permettent ».

 

Un consommateur en pleine mutation

Numérique et Mutation

Sources : Deloitte #TMTpredictions 2016

La plupart des prédictions touchent directement le consommateur, dans ses habitudes et ses usages, avec des impacts importants pour les entreprises et les secteurs d’activité.

Bienvenue dans l’ère du gigabit

Le nombre de connexions Internet gigabit par seconde (Gbit/s), disponibles pour les Canadiens augmentera pour atteindre plus de quatre millions d’ici la fin de 2016. L’augmentation des connexions sera alimentée par une plus grande disponibilité et par la diminution des prix, ce qui permettra, nous l’espérons, de réduire la fracture numérique.

Consommation médiatique : vers la mort des médias traditionnels ?

Avec l’avènement de Netflix et des médias numériques, la télévision et le cinéma sont frappés de plein fouet. Le petit écran est amorce un déclin progressif et graduel. « Il ne s’agit pas d’implosion mais plutôt d’érosion ». Concernant le grand écran, les impacts sont différents. Finalement, le nombre d’entrées vendues est relatif à la qualité des films qui sont à l’affiche. Les gens continueront d’aller au cinéma car cela procure une autre expérience et représente une occasion de rencontre.

Jouer à l’heure de la mobilité et de la virtualité

Les cellulaires devraient être les grands champions de la consommation de jeux vidéo en 2016, avec 37 % des ventes, soit une hausse de 20 % par rapport à 2015. Les revenus générés seront cependant moins fructueux que pour les consoles ou même les ordinateurs. Les casques de réalité virtuelle devraient, quant à eux, envahir les rayons de magasins/ arriver sur les étagères des magasins. Les ventes de matériel et de logiciel devraient totaliser un milliard de dollars dans le monde et moins de 30 millions de dollars au Canada. 

Il est difficile de résumer en un mot ces prédictions 2016. Elles soulignent des enjeux importants dans de nombreux domaines tant pour le consommateur que pour les entreprises et les salarié(e)s de ce secteur. Nous sommes impatients d’êtres à l’année prochaine pour voir dans quelle proportion ces prédictions se seront réalisées.

 

Voir le communiqué de presse en français.

Voir le rapport mondial complet en anglais.

 

 

 


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