Pédagotechno : l’enseignement revisité à la réalité des jeunes d’aujourd’hui


18 avril 2016 | 13:15

Depuis plusieurs années, nous sommes témoins du fossé qui s’est creusé entre la réalité technologique des enfants à la maison et celle offerte dans les établissements scolaires. Certains enseignants se consacrent à remédier à la situation. En dehors de l’utilisation du fameux tableau blanc interactif, voici un enseignant du primaire qui offre à la technologie un rôle beaucoup plus actif dans son modèle d’éducation.

Vous avez peut-être entendu parler d’Éric Tremblay, ce professeur de 6e année à l’école Alexander-Wolff à Shannon qui cumule plus de 10 ans d’expérience en enseignement primaire,  et qui suggérait en 2013 le modèle de la classe inversée avec sa collègue Karine Riley. Québec numérique lui a récemment rendu visite afin qu’il nous présente comment il est parvenu a intégrer la technologie pour servir ses intentions pédagogiques. Pour ce professeur, l’intégration d’outils numériques permet de répondre à trois critères d’apprentissage.

Étudier de façon ludique

Les devoirs et les études à la maison sont souvent perçus négativement et sans intérêt aux yeux des enfants. Pour résoudre ce problème, Éric Tremblay met à profit la robotique. Par exemple, en ce moment, il utilise avec ses élèves les Bee-Bots, ces petits robots normalement utilisés au préscolaire pour apprendre la programmation de base. Ils sont ici exploités en classe pour créer des jeux de société dans lesquels les notions à l’étude seront révisées à travers le jeu.  Les élèves étudient tout en s’amusant en classe et non seuls à la maison. Pour le professeur jouer est essentiel, ils le font chaque jour!

Bee-Bots

Manipuler des concepts abstraits

Comment concrétiser des concepts mathématiques figuratifs comme le volume, l’air et le périmètre, quand les outils utilisés se limitent au 2D ? Éric a répondu à la question en utilisant Minecraft, un jeu dont l’objectif est la création dynamique d’un monde et qui est utilisé en classe pour construire la maison de rêve des élèves, tout en s’assurant que leur plan papier soit cohérent avec ce qu’ils font sur les tablettes avec Minecraft. Ils auront ensuite à présenter leurs bâtiments au reste du groupe pour les vendre comme s’ils étaient des courtiers immobiliers.

Les enseignants donnent souvent des travaux à la maison, obligés de répondre à un cadre imposé. Mais pour Éric Tremblay, il faut s’assurer que ce devoir amènera une réelle gymnastique intellectuelle autour  de la matière et qu’il ne répond pas seulement à une exigence administrative. Pour cette raison, dans sa classe, les exercices pratiques se font à l’école et la révision à la maison. Pour ce faire, il rend disponible sur son site des capsules expliquant différentes matières ainsi que du contenu sur demande sur des thèmes précis, comme le leadership, que les élèves écoutent tous les soirs et où ils sont appelés à interagir entre eux à même la plateforme. En écrivant sur ce blogue, ils échangent sur leur compréhension de la notion présentée dans la vidéo, ce qui a été assimilé ou incompris. Par ailleurs, cette méthode offre au professeur toutes les précisions sur les éléments à revoir en classe le lendemain.

Monsieur Éric

On ne vise pas la facilité, mais plutôt une démarche de réflexion plus efficace. Ici, la technologie n’apporte pas du tout cuit, mais est un appui à l’effort.

Tout comme les mathématiques, le français n’est pas laissé pour compte. Cette classe de 6e année se réfère quotidiennement à Antidote Ardoise, un dictionnaire interactif, pour corriger leurs textes, un processus de correction beaucoup plus efficace aux yeux du professeur. Les élèves trouvent moins lourd d’utiliser des outils en ligne plutôt qu’un dictionnaire papier dans lequel, si l’élève n’a pas la bonne combinaison de lettres, la recherche peut être ardue. Il y a aussi Eurêka et autres outils papier qui proposeront le bon mot si l’étudiant a fait une erreur d’orthographe, mais avec lesquels l’élève devra vérifier sa signification dans le contexte de la phrase.

Oublier le cadre d’apprentissage

L’école Alexander-Wolf a débuté cette année un programme de robotique afin que d’ici 2 ans, tous les élèves de l’école aient des expériences en programmation, comme celles avec l’abeille Bee-Bot citée plus haut ou encore à l’aide de Légo. L’objectif : en fin du 3e cycle, devant un problème précis,  les élèves doivent choisir quel robot ou appareil répondrait au besoin et à partir de là, construire leur réponse.

Lego

Cet enseignant est aussi l’auteur d’une grande partie des contenus utilisés en classe, soit des histoires dont les élèves sont les héros, pour lesquelles il avoue s’être inspiré de Numenéra et autres éléments de la culture pop dont vous êtes le personnage principal. À travers ces contenus, les élèves ont à écrire des textes, faire des exercices en ligne, résoudre des énigmes, rencontrer des défis, ce qui apporte même des discussions éthiques. Ouvrir vers une méthode d’apprentissage plus ludique, il en fait son fer de lance.

Un changement de pratique ne se fait pas seul

bar à iPad

Ces transformations progressives n’auraient été possibles sans le support de la direction, Monsieur François Couturier. Vous n’avez qu’à jeter un coup d’œil à leur bibliothèque et son comptoir à iPad.  Mais, force est d’admettre que sans les nombreux efforts personnels d’Éric Tremblay pour partir à la conquête de sources de financement diverses, pour la mise sur pied d’activités parascolaires et même pour des frais déboursés personnellement, rien n’aurait été possible. Toutefois, il précise que pour réussir un tel changement, cela nécessite une école qui se mobilise. De ce fait, l’enseignant, la passion dans les yeux, confirme qu’il est loin de vouloir confiner cette approche à sa classe: il souhaite transmettre ses expériences aux autres classes, car ce n’est pas toutes ses tentatives de changement qui se concrétisent efficacement.

Monsieur Éric
J’apprends aussi de mes échecs, on teste et on améliore. Je fais souvent acte d’humilité auprès de mes élèves pour leur apprendre à modéliser leur réaction, comment gérer un échec et faire mieux après.

Un modèle d’enseignement victime de son côté distinctif

Selon le professeur, l’ensemble de tout ce qui est mis en place, autant la philosophie que les outils numériques et le jeu, amène des discussions que les élèves n’auraient pas abordées dans un cadre rigide et conventionnel. D’ailleurs, vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’en plus de la technologie, l’entrepreneuriat n’est pas laissé pour comble dans cet environnement.

Monsieur ÉricJe n’ai pas une classe, j’ai une équipe où chaque personne a son rôle entrepreneurial. Moi j’ai le rôle d’enseignant et les élèves ont des postes précis ; coordonnateur, gestion des finances, responsable des communications, etc.

D’ailleurs, je n’ai pu qu’être témoin du calme et de la maturité des enfants qui m’entouraient lors de l’entrevue. Je me croyais dans un groupe de secondaire 5, j’en ai honnêtement eu des frissons!  Malheureusement, c’est sans grande surprise que le constat qui ressort le plus de la part des élèves une fois rendu au secondaire, est un décalage notoire dans la formation comparativement à celle de M. Éric et même pour certains un retour en arrière. Selon Éric, passer d’un manuel à l’autre, période après période, est révolu et sans intérêt. C’est l’enseignant qui doit s’adapter à la réalité qui entoure les élèves et non l’inverse et surtout ne pas prendre le virage technologique pour faire comme tout le monde, mais prendre le virage pour aider l’élève.


Par Karine Lesage

Animée par les communications et le marketing, Karine ne peut s’empêcher de mettre à profit le numérique dans tout ce qu’elle entreprend. Gestionnaire proactive et stratégique, singulièrement curieuse et insatiable, elle mène de front des dizaines de dossiers parallèles. Présentement gestionnaires de projets stratégiques/culture chez Mirego, rédactrice pour l’Avis des geeks dans La Presse+, ainsi que pour les blogues de monsaintroch.com et quebecnumerique.com, elle est aussi maman à temps plein. Sa créativité ne s’arrête pas au domaine des communications, puisque Karine exprime aussi son côté artistique dans la réalisation de toiles. Elle vous présentera ici des contenus soutenus par des recherches, des analyses, de la validation et un intérêt franc pour chaque sujet qu'elle traitera.

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