Les femmes et la programmation


21 mars 2016 | 12:46

Historique : programmer = planifier un souper ?

Jusqu’aux années 1960, la programmation était perçue comme un travail féminin. La programmeuse américaine Grace Hopper (1906 – 1992) mentionne dans un reportage que « la programmation est comme organiser un souper. Il faut planifier et programmer tout d’avance pour que tout soit prêt dès qu’on en aura besoin… Les femmes ont une habitude innée à la programmation d’ordinateur. [1]»

Il faut garder à l’esprit que c’est Mme Hopper qui a développé le premier compilateur pour la marine américaine. Cependant, elle est surtout connue grâce à une découverte involontaire : le terme « bug ».  Elle a retiré d’un ordinateur un papillon de nuit mort qui avait causé la panne. Depuis ce moment, le terme « bogue informatique » (en français) est utilisé en parlant de ce « bug ».

La pionnière en informatique au Canada était sans doute Beatrice Helen Worsley (1921 – 1972). Première femme au monde ayant reçu un doctorat en science informatique, elle a eu Alan Turing et Douglas Hartree comme superviseurs de doctorat à l’Université de Cambridge. Elle a participé à la première démonstration de l’ordinateur EDSAC de Cambridge. Avec Pat Hume, elle a développé le premier compilateur, Transcode, pour FERUT, qui est un des premiers ordinateurs au Canada. Ce travail a eu un impact énorme à travers le pays et des douzaines de groupes de recherche à travers le Canada utiliseront FERUT pour résoudre des problèmes scientifiques.

Le facteur majeur du déclin du pourcentage des femmes après les années 60 fut la valorisation du domaine de la programmation ! Avant, le développement de logiciel était perçu comme un domaine moins sérieux et moins masculin que le développement du matériel. Ce fut donc une surprise pour les employeurs de constater que programmer était difficile. À la suite de cette observation, ce travail fut déclaré typiquement masculin. Des programmeurs ont été formés et ils ont découragé l’embauche de femmes dans le domaine. [2]

Faits actuels

Actuellement, au Canada les femmes représentent 25% des travailleurs dans le domaine des technologies de l’information et des communications selon les données récentes du Conseil des technologies de l’information et des communications (CTIC).[3]

Les femmes qui choisissent une carrière en sciences et en technologies ont généralement des conditions salariales moins intéressantes que celles de leurs confrères, mais elles occupent des emplois plus stables et affichent un taux de chômage inférieur à celui de leurs homologues masculins. [4] Concernant l’éducation, les jeunes femmes qui fréquentent l’université sont moins susceptibles que les jeunes hommes de choisir un programme en sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques (STGM), quelles que soient leurs aptitudes en mathématiques au secondaire. Bien qu’elles aient représenté la majorité des diplômés universitaires en 2011, les femmes constituaient 39% de tous les diplômés universitaires en STGM âgés entre 25 à 34 ans.[5]

Femmes et programmation de la ville de Québec

 

Portrait : Paule-Anne Morin

PA Morin_4A0X0010 1_CDesjardisn

Passionnée de l’informatique, Paule-Anne Morin est associée et vice-présidente de l’unité d’affaires de Québec chez R3D Conseil inc. Pendant son baccalauréat en administration des affaires avec spécialisation en systèmes d’information à l’Université Laval, elle a découvert sa passion pour l’informatique. « Rester ouvert aux opportunités » est la phrase clé qui guide Mme Morin dans son parcours du monde informatique depuis 30 ans et qui lui a permis de réaliser une variété de mandats. Un autre facteur important de sa réussite est qu’elle a eu la chance d’avoir des patrons masculins qui lui ont fait confiance et qui l’ont poussé vers l’avant. Autre que sa passion, c’est l’indépendance financière qui est une motivation importante. L’exigence de son travail demande souvent de travailler plus que 35 heures par semaine donc une bonne organisation familiale est essentielle. Il est également primordial pour elle de s’impliquer à l’extérieur de son réseau de travail. En ce moment, elle est membre du Conseil d’administration du CEFRIO. Elle mentionne qu’un modèle féminin inspirant est Mme Paule Doré qui est pour elle une pionnière du domaine. En conclusion, Paule-Anne Morin est infiniment reconnaissante aux femmes des générations antérieures qui ont ouvert la voie à d’autres femmes.

 

Portrait : Catherine Desgagnés-Belzil

Il ne faut pas avoir peur de foncer, remarque Catherine Desgagnés-Belzil, directrice principale de la direction principale de la stratégie, des partenariats et de la gouvernance chez Revenu Québec. Après un baccalauréat en informatique, c’est par hasard qu’elle se découvre un intérêt pour la gestion et que, par la suite, elle combinera ses deux intérêts. Son ambition l’amènera vers un parcours accéléré grâce à des opportunités obtenues dans un domaine principalement masculin. Selon ses observations, plusieurs femmes craignent de sacrifier leur vie de famille en réalisant leurs ambitions. Pour sa part, elle a réussi à trouver un bon équilibre entre travail et vie de famille malgré un horaire de travail chargé. Le réseautage est indispensable pour Mme Desgagnés-Belzil et elle souhaite pouvoir poursuivre son cheminement professionnel encore longtemps. Petit clin d’œil à sa passion pour l’informatique qui a inspiré sa propre progéniture : son fils souhaite maintenant apprendre à programmer !

 

Ladies Learning Code (LLC) 

  LLC Québec2

Pour mieux comprendre la situation actuelle des femmes en numérique, j’ai également rencontré Karine Boisvert. Elle est la coorganisatrice du chapitre Ladies Learning Code (LLC) pour la ville de Québec. LLC Québec fût fondé en septembre 2015 grâce à Karine Boisvert et Guillaume Bergeron. Ladies Learning Code (LLC) est une OBNL canadienne fondée en 2011 à Toronto qui offre des formations d’initiation à la programmation aux jeunes et aux femmes. Leur mission est de favoriser l’apprentissage de compétences techniques dans un contexte de convivialité et de collaboration. Outre leur atelier permanent à Toronto, l’organisme compte des chapitres locaux à travers le Canada, dont les programmes Girls Learning Code et Kids Learning Code qui remportent beaucoup de succès auprès des jeunes. Présent dans 22 villes canadiennes, avec six employés à temps plein, LLC s’inspire du principe que la technologie permet à chacun d’être créatif. Depuis sa fondation en 2011, le groupe a attiré plus que 10 000 adultes et 1 500 enfants à leurs événements.

Déjà les résultats de LLC Québec sont prometteurs : plus de 100 femmes (et un homme) ont participé à un ou plusieurs de leurs ateliers. Selon Karine Boisvert, les formations sont adaptées aux débutantes et, aucune crainte, personne ne s’attend à ce que vous deveniez la prochaine Grace Hopper ! L’âge des participantes varie entre 20 et 60 ans et la raison de participer varie de la simple curiosité à celle d’approfondir ses connaissances en programmation. Un élément clé est la collaboration des mentors du milieu numérique qui soutiennent les projets de LLC Québec. Les formations sont données dans les locaux de leur partenaire communautaire Spektrum, une firme de développement logiciel spécialisée en Web. À l’heure actuelle, LLC Québec est à la recherche d’autres partenaires et commanditaires pour continuer ses prochains projets.

La grande nouveauté de 2016 sera la mise en place d’ateliers pour des jeunes (filles et garçons) qui débutent en avril prochain.

Projets en 2016

Les prochains ateliers du chapitre local de Ladies Learning Code (LLC) Québec :

9 avril :            Atelier pour les jeunes – Mon premier site Web avec HTML&CSS

9 avril :             Atelier pour les jeunes – À toi de jouer avec Scratch

23 avril :           Créez votre blogue avec WordPress.com

7 mai :              Personnalisez votre thème avec WordPress.org

4 juin :              Javascript

 

Été 2016: Code Mobile, une initiative de Ladies Learning Code (LLC) viendra à Québec. La Code Mobile est la plus récente et la plus grande initiative pour inspirer et apprendre la programmation aux filles et aux garçons au Canada. Pour que ceux-ci deviennent des innovateurs passionnés au lieu de simples consommateurs de technologie ! Imaginez ! Un laboratoire d’ordinateur qui voyage à travers le Canada avec l’objectif, en 2016, de faire connaître la programmation à plus de 10 000 enfants !

 

[1] http://www.smithsonianmag.com/smart-news/computer-programming-used-to-be-womens-work-718061/?no-ist)

[2] http://gender.stanford.edu/news/2011/researcher-reveals-how-%E2%80%9Ccomputer-geeks%E2%80%9D-replaced-%E2%80%9Ccomputergirls%E2%80%9D

[3] http://www.ictc-ctic.ca/wp-content/uploads/2012/06/ICTC_Outlook2011_EN_11-11.pdf (page 16 – Women in ICT)

[4]http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/administration/librairies/documents/Ministere/acces_info/Statistiques/Recherche/Progression_femmes_sciences_1993-2003.pdf

[5] http://www.statcan.gc.ca/daily-quotidien/131218/dq131218b-fra.htm

 


Par Susanne Bergmann

Susanne est une passionnée de la lecture et de l'écriture depuis son enfance dans la campagne bavaroise (grandir dans une maison ancestrale à côté de la scierie familiale développe l’imagination). Politologue de formation (Université d'Ottawa), Susanne développe et coordonne des projets et d’évènements culturels et sociaux en 3 langues. Des projets aussi divers que le marché de Noël allemand à Québec (elle est une de cofondatrices) que la mise en place du projet « Lifelong Learning » pour ainés parlant anglais dans la région de Québec. Dernièrement elle a cofondé l'organisme sans but lucratif "Solidarité familles et sécurité routière" dans son quartier ayant comme objectif d'améliorer la qualité de vie des résidents via des projets communautaires (sécurité routière et saines habitudes de vie). Dans ses passetemps, elle adore être créative et écrire des lettres (eh oui! Rien n’égale le plaisir de recevoir une vraie lettre dans sa boite à lettres!). Ceci n’empêche pas que le monde du numérique la fascine et elle rêve de l’intégrer à toute sorte de projets dans le futur!

Collaborations récentes

Voir toutes les collaborations
X