Le numérique chez les jeunes de l’école primaire Alexander-Wolf


26 juin 2015 | 07:41

22 ans plus tard, me revoilà en classe de 6e année et, non, ce n’est pas pour faire un Happy Gilmore de moi-même. On parle souvent de l’intégration des technologies au service de l’éducation et que cela doit être une priorité d’investissement pour le gouvernement. Au gouvernement et dans la société, on pense qu’il faut doter tous les élèves d’un portable dès la 4e année; on analyse qu’une salle de classe sans tableau interactif c’est maintenant archaïque; on voit que le nombre de plateformes dédiées à l’apprentissage en ligne (MathNet, Khan Academy, etc…) est en pleine explosion et que si l’apprentissage n’est pas un jeu (de préférence vidéo), la nouvelle génération ne comprendra rien.

Désirant valider les faits plutôt que les rapports et études faites sur le sujet, je me suis rendu sur le terrain, mais dans une classe loin de l’ordinaire… En effet, le havre de monsieur Éric, professeur d’une classe mixte de 5e et 6e année à l’école Alexander-Wolf se distance allègrement de l’enseignement traditionnel. Fan de Comics, monsieur Éric a monté le fonctionnement de sa « Wolf Industrie » (sa classe) à l’image de la Stark Industrie, les millions en moins. V.-P. logistique, comité stratégique, département de R et D, bref rien n’est laissé au hasard dans la classe et l’ensemble des élèves deviennent non seulement responsable du fonctionnement de cette dernière, mais aussi de mettre la vision du DG en action :

« Créer un milieu d’apprentissage original et propice à outiller les leaders de demain ».

Monsieur Éric a aussi la chance de pouvoir compter sur une direction d’école qui souhaite aussi faire les choses différemment et qui comprend que c’est en donnant de bons outils aux bonnes personnes que les chefs d’œuvre émergent. Cependant, la question demeure entière : est-ce que le numérique est un bon outil dans l’apprentissage des jeunes?

Le numérique dans le quotidien de l’apprentissage

Groupe d'élèves travaillant avec les Ipads

Groupe d’élèves travaillant avec les iPad

25 mai 2015, 9 h 12. J’entre dans la salle de classe de monsieur Éric. Déjà, on est loin de la classe traditionnelle où l’enseignant est à son bureau en avant. La table de travail de monsieur Éric est au centre de la classe et des îlots de tables sont disposés autour. Mon vieil ami me regarde, la classe ne remarque même pas mon entrée tellement les équipes sont affairées à travailler sur leur iPad, mais aussi sur leur bloc-notes de papier. « Ce matin, on travaille les aires et les volumes », me lance Éric. Je sors mon téléphone/caméra pour pendre les élèves sous le vif de l’action et je constate enfin pourquoi tout le monde est si absorbé : ils jouent à Minecraft!!! 

Éric me corrige immédiatement.

Donc, Minecraft aide à mieux comprendre les volumes. Ça a du sens. Dans mon temps, on travaillait ce dossier avec des réglettes… Oubliez tout de suite l’option de construire une maison et de travailler l’addition de multiples volumes dus à la division des pièces. Aujourd’hui, c’est visuel, c’est ludique, c’est facile. Et lorsque c’est jumelé avec un support papier, il devient moins tentant de seulement partir découvrir l’univers sans fin de ce jeu.

Mais l’important pour les élèves, c’est que Minecraft est :

  • Le fun à manipuler et plus stimulant
  • Plus facile à calculer

Peut-être est-ce que parce que la majorité avait lu le briefing de la semaine sur le site web de la classe qui annonçait ma visite, mais je n’ai pas vu une équipe qui était à perdre son temps. Au mieux, j’ai vu des jeunes qui avaient terminé leur travail être sur NetMath pour parfaire leur trigonométrie!

Parlant du site web, vous souvenez-vous du retour en classe après l’heure du dîner où nous devions copier les devoirs et leçons à faire le soir? Monsieur Éric a maintenant 15 minutes de plus à offrir aux jeunes chaque jour grâce à son site internet http://www.monsieureric.net/ et le fait que les élèves n’ont plus à recopier le tableau. Un avantage du numérique? Certainement, surtout lorsqu’on considère que ce site permet aussi :

  • Aux élèves de déposer directement leurs travaux (donc plus de défaites que le chien a mangé le devoir)
  • D’avoir accès à des capsules vidéo de monsieur Éric qui explique des concepts à apprendre au cours de la semaine. De l’aveu de plusieurs élèves, cela est très pratique pour mieux les approfondir arrivés à la maison et pour éviter d’avoir à poser une tonne de questions en classe. Selon eux, ça leur permet aussi d’aller plus vite
  • Les échanges et l’entraide entre les élèves via un blogue très actif. C’est d’ailleurs sur ce blogue que j’ai constaté le travail de préparation que les élèves avaient fait pour ma venue et les nombreuses questions que cela suscitait sur « Qu’est-ce que le numérique? »

Est-ce que le numérique c’est bon pour vous?

Suite à l’exercice avec Minecraft, j’ai eu la chance de faire un petit questions/réponses avec la classe. Je les ai questionnés sur comment ils utilisent les outils numériques et s’ils étaient complètement accros aux technologies. C’est avec surprise que j’ai découvert que selon eux :

  1. Le tableau interactif, pourtant si prisé par le ministère de l’Éducation, « ça sert à rien »
  2. Les dessins c’est mieux sur papier que sur iPad
  3. En sciences nature, c’est plus intéressant de faire un volcan en papier mâché que d’avoir de la réalité virtuelle
  4. Imprimante 3D pour les arts et la science :
    • Pour : 7
    • Contre : 13
  5. La géographie, c’est plus simple dans un cahier

En fait, la classe m’a fait le commentaire suivant : « La tablette, c’est stimulant, mais ce n’est pas tout. L’interaction entre les gens c’est plus important ». Je leur ai donc demandé si utiliser un outil techno impliquait automatiquement du plaisir et la réponse unanime et d’un seul souffle : « NON ». Le seul outil qui semble faire l’unanimité pour sa pertinence est Antidote dont la fonction dictionnaire et synonyme suscite une vraie valeur ajoutée du numérique pour les élèves.

Je me suis donc dit « je vais poser la question qui tue » : « Seriez-vous capable de vous passer d’internet pendant une semaine? » Bien que 95 % de la classe va sur internet tous les jours présentement la moitié n’y verrait aucun problème alors que seulement 20 % auraient des difficultés.

En plus, bien que 18 d’entre eux ont un compte Facebook4 suivent déjà des vedettes (surtout du E-sports) sur Twitter, 2 naviguent sur Pinterest, 5 regardent et postent des photos sur Instagram et c’est SKYPE qui règne en roi et maître comme moyen d’interagir entre eux. Bref, le numérique aura au moins permis de désengorger la ligne téléphonique des conversations sans fin entre amis au profit de SKYPE sur lequel les jeunes se rejoignent pour faire exactement la même chose.
En fait, il est intéressant de constater à quel point leur utilisation d’internet est limitée lorsqu’ils ne sont pas encadrés par leur univers scolaire, car bien que plusieurs vont sur le site de Radio-Canada jeunesse pour l’actualité, le site le plus nommé à la question « Quel site consultez-vous le plus? » est www.rds.ca…

Bref, on est loin de la coupe aux lèvres pour une utilisation complète du numérique et les professeurs, tout comme le personnel de soutien de l’école Alexander Wolf, semblent avoir pris conscience de cette situation. J’ai eu accès à un document de travail sur l’intégration dès la première année aux différents usages du numérique (correspondance par courriel, effet des médias sociaux, découverte des bons outils à utiliser pour apprendre sur internet, etc.) et je crois que le personnel terrain est vraiment à bien saisir comment renverser la vapeur.

L’avenir du numérique en éducation?

C’est un drôle de hasard, mais aujourd’hui Microsoft mettait en ligne la vidéo suivante (désolé, elle est en anglais) :

Cette vidéo, tournée dans un univers aseptisé, est absolument sublime! En fait, elle montre de très grandes possibilités pour le domaine de l’éducation, mais qu’en est-il de la réalité? Nous œuvrons présentement dans un univers où les enseignants doivent faire des pieds et des mains pour réussir à avoir un iPad pour deux élèves. Bien que certains débutent la mise en place d’utilisation du numérique et même de la programmation pour intégrer le numérique, nous avons des décisions à prendre à un plus haut niveau pour permettre une véritable intégration des outils actuels et de demain et ainsi de bien outiller nos jeunes et favoriser une utilisation proactive des outils comme ils le font lorsqu’ils sont dans un contexte éducatif.

Je termine cette chronique en vous partageant une interview réalisée avec Delphine, la présidente de solutionWeb qui est derrière le site de monsieur Éric, mais qui est aussi élève dans sa classe.


Par Pierre-Luc Lachance

Pierre-Luc Lachance est un passionné de projets pour faire rayonner la ville de Québec. Ayant œuvré pendant 15 ans dans le domaine événementiel, il est aujourd’hui à la tête de Québec Numérique, une organisation vouée à promouvoir l’écosystème numérique de la région de Québec.

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