Si ce n’est pas une école sans prof, alors qu’est-ce que le 42?


2 décembre 2018 | 20:29

Lorsqu’on entend parler du 42 pour la première fois, on entend les mots « école » et « codage ». Alors, on imagine une école où des « geeks » apprennent un ou des langage.s de programmation. On croit aussi qu’il y a des enseignants devant la classe pour transmettre la matière et accompagner les étudiants. Puis, on apprend qu’il n’y a aucun enseignant et même pas de mentor. Plus encore, le 42 ne décerne aucun diplôme. Alors, cette « école » nous semble irréelle. Parce qu’elle ne correspond à aucun des référents que nous connaissons par rapport à l’éducation.

De fait, le 42 n’est pas une école. C’est un lieu hors-norme qui sort des sentiers battus et qui ne correspond à aucun autre. Il a été conçu pour briser les barrières de la pédagogie traditionnelle et les standards établis. Le système scolaire vous a habitué à un parcours linéaire et uniforme, avec un début et une fin précise, des contenus prédéfinis, et un tracé pour répondre aux besoins de la moyenne des apprenants.

Le 42 veut apprendre à apprendre. À l’ère du numérique, l’important, ce n’est pas uniquement les connaissances que vous avez et les démarches que vous pouvez exécuter par coeur. C’est plutôt votre capacité à vous débrouiller pour acquérir de nouvelles connaissances, votre désir de développer des compétences de façon constante. L’important, c’est votre créativité, votre sens de la collaboration et du partage, de l’initiative et de la débrouillardise.

Le 42 n’est pas un projet d’informatique, de technologie ou d’entrepreneuriat. C’est un projet pédagogique. Le 42 forme les créateurs du numérique de demain, qui sortiront eux aussi des sentiers battus pour trouver les réponses aux problèmes d’aujourd’hui. Mais en fait, non, le 42 ne forme personne.

Il offre plutôt un contexte pour que les futurs créateurs se forment eux-mêmes. Ils sont placés face à des défis pédagogiques à relever, seuls ou en équipe. Chacun progresse à son rythme et choisit sa séquence de réalisation des modules selon ses intérêts (web, design, sécurité, intelligence artificielle, etc.). Chacun devient tour à tour apprenant et formateur pour ses pairs.

Avouez que vous êtes tout à fait surpris et que cela vous semble même invraisemblable.

Et pourtant, ça marche!

Le 42 a ouvert ses portes en 2013 à Paris. Il est accessible gratuitement aux apprenants 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, 365 jours par année. Il est ouvert aux jeunes de 18 à 30 ans principalement, avec quelques exceptions pour des plus jeunes et des aînés.

Des milliers d’aspirants apprenants sont refusés à chaque année. Il compte présentement près de 4 000 inscrits. Environ 60% proviennent de l’extérieur de l’Île-de-France (Paris et sa périphérie), ce qui démontre un énorme pouvoir attractif. Le taux de placement est de 100% et les employeurs font la file pour accueillir des stagiaires. D’ailleurs, 80% des apprenants se trouvent un emploi avant la fin de leur parcours (certains après à peine 8 mois d’apprentissage) et ce n’est pas important qu’ils « décrochent », car le but d’un passage au 42 n’est pas d’obtenir un diplôme.

Pourquoi regarder vers le 42?

De part sa philosophie, le 42 supprime un certain nombre de contraintes propres à l’enseignement classique : le système d’évaluation est transformé; il n’y a pas d’obligation dans l’ordre des activités formatives à réaliser; pas de délais ni d’horaires imposés (certains finissent leur formation en 18 mois, d’autres en 4 ans ou plus). Et pourtant, à chacune de mes visites, les salles étaient bondées d’apprenants qui s’activaient intensément.

Ce faisant, le 42 privilégie la motivation comme déclencheur pour apprendre. Il offre une alternative à ceux qui ne cadrent pas dans le moule connu et qui ont pourtant des talents créatifs et collaboratifs très en demande chez les employeurs d’aujourd’hui.

Le 42 offre une voie à des décrocheurs, des étudiants en quête d’un modèle sur mesure, des travailleurs en réorientation, etc. Il ne convient pas à tous mais il convient à suffisamment de gens pour songer à importer le modèle de notre côté de l’Atlantique.

Il y a quelque chose de stimulant et de motivant à penser qu’il est possible d’aborder l’apprentissage autrement, qu’il est possible d’amener des gens de tout horizon à venir apprendre autrement ici avec nous. Il y a déjà longtemps qu’on cherche des modèles alternatifs dans le monde de l’éducation afin de favoriser la réussite du plus grand nombre. Plusieurs modèles ont déjà vu le jour et il est souhaitable que d’autres modèles totalement innovants, qui ne ressemblent à rien d’autre, continuent d’émerger.

Une démarche pour Québec

Au Québec, nous formons annuellement:

  • Au collégial — moins de 850 diplômés dans l’une des trois techniques en informatique
  • Dans les universités — moins de 1 050 diplômés dans les différentes facultés et programmes liés aux TI
  • Des formations privées de type « boot camp » émergent.

Donc, peut-être un peu plus de 2 000 diplômés annuellement pour combler des besoins en main-d’oeuvre évalués à 6 500 emplois annuels, selon le comité sectoriel de main-d’oeuvre TechnoCompétences.

Il y a définitivement de l’espace pour ajouter de nouvelles formes d’apprentissage aux métiers du numérique dans la province. À nous de choisir si nous voulons être les créateurs et les leaders du numérique de demain ou si nous voulons seulement consommer ce que les autres créeront.

Il y a aussi de l’espace pour explorer de nouveaux modèles éducatifs qui deviendront complémentaires à ceux qui existent déjà. À nous de choisir si nous voulons continuer de multiplier les chances de réussite dans notre société, participer à un vaste laboratoire qui permettra d’étudier comment apprendre autrement et ce faisant, inspirer les écoles traditionnelles.

Chez Québec numérique, l’ensemble de nos actions vise à faire progresser l’usage du numérique et à développer de nouvelles façons de faire innovantes. Nous avons tourné le regard vers le 42 pour évaluer la possibilité de créer un lieu d’apprentissage similaire à Québec. Nous avons reçu une aide financière du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement Supérieur du Québec et du Secrétariat à la Capitale-Nationale pour réaliser l’étude d’opportunité de ce projet. Nous progressons dans la réalisation de cette étude et nous déposerons notre rapport, qui contiendra un plan d’affaires au début de l’année 2019.

À suivre…


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