Mieux transférer l’information, mieux gérer les connaissances : voilà un défi majeur auquel doit faire face le milieu de la santé, ici comme ailleurs. Pour plusieurs spécialistes, dont Patrick Archambault, chercheur-clinicien à la Faculté de médecine de l’Université Laval, la solution se trouve dans le Web 2.0.

Dans ses travaux, il s’intéresse à l’univers des wikis, plateformes collaboratives d’échanges et de documentation – dans la lignée de Wikipédia. L’idée est de profiter d’outils numériques qui ont fait leur preuve et d’en adapter l’usage au milieu médical.

« En santé, il y a un mode très complexe de changement dans la pratique. C’est là que je vois l’utilité d’avoir une plateforme de transfert de connaissances qui permettrait à tous de participer dans les échanges et les discussions, dans la construction de nouveaux outils ou protocoles », explique le chercheur, aussi urgentologue-intensiviste au CISSS de Chaudière-Appalaches, secteur Alphonse-Desjardins.

Il faut dire qu’un meilleur partage des connaissances entre spécialistes – tout corps médical confondu – a un effet direct sur la qualité des soins : «Il faut trouver une nouvelle façon de permettre aux pratiques exemplaires, promues par nos institutions et organisations savantes, d’être mises en place localement. Le défi pour ces organisations est d’aider les acteurs locaux à bien mettre en place ces pratiques exemplaires. Mais, actuellement, il y a un fossé important entre ce qui doit être fait et ce qui est fait réellement sur le terrain » poursuit Patrick Archambault.

C’est que, dans bien des cas, les acteurs locaux manquent cruellement de ressources afin de les aider à adapter les connaissances au contexte local. « Pourtant, l’appropriation par les acteurs locaux des pratiques exemplaires est une étape des plus importantes de leur mise en place! »

C’est là qu’intervient le projet de plateforme de collaboration ouverte : l’ensemble des acteurs locaux aurait accès aux différents outils créés par d’autres. Les protocoles de soins, ordonnances collectives, règles de soins, outils d’aide à la décision partagés ainsi développés serviraient à tous, diminuant d’autant la duplication qui peut être observée actuellement au sein du réseau de la santé, « où chaque milieu doit recréer ses propres outils de connaissances ». « En partageant ces outils, les pratiques exemplaires pourraient ainsi être implantées plus rapidement », indique le chercheur.

De nouvelles études sont publiées, des pratiques exemplaires sont documentées, mais celles-ci tardent à être mises en application, faute de solutions innovantes afin de mettre en pratique ces connaissances et, ainsi, de les intégrer aux différents protocoles de traitement. « C’est là, précisément, que je vois l’utilité d’avoir une plateforme de transfert de connaissances. »

En mode évaluation

Mais quelle plateforme mettre en place? Comment assurer l’adhésion du milieu professionnel à cet outil? De quelle manière l’intégrer à la routine quotidienne des praticiens? C’est ce à quoi le Dr Archambault et son équipe planchent depuis déjà quelques années.

À ce jour, les besoins du milieu ont été évalués, les plateformes similaires répertoriées, l’intérêt – de tous les milieux touchés, tant en santé que dans l’industrie – face à l’outil quantifié et le design du projet amorcé. Ces étapes charnières ont mené au développement d’un outil de type wiki, ouvert et libre d’accès, destiné aux établissements de santé québécois : WikiTrauma.

L’outil est présentement à sa phase d’évaluation, et ainsi disponible uniquement au fin de son étude au CISSS-Chaudière-Appalaches. « Éventuellement, nous visons à le mettre en place partout, mais afin de s’assurer que son développer s’effectue en partenariat avec les acteurs clés sur le terrain, nous préférons y aller un centre hospitalier à la fois et évaluer rigoureusement les impacts de notre intervention », explique Patrick Archambault.

Au final, l’équipe de recherche espère voir leur initiative mener à un partage plus rapide des connaissance, appuyé par une large collaboration dans le réseau de la santé, permettant à tous de s’approprier les outils de mise en place des pratiques exemplaires. « Et cela, avec une baisse des coûts à prévoir sur l’ensemble du réseau », conclu le médecin.