Les réseaux sociaux font dorénavant partie de la vie, je ne vous apprends rien là. On y associe souvent le concept d’identité numérique, mais on peut aussi parler d’identité « tout court », puisque l’un ne va pas sans l’autre bien souvent, surtout chez les jeunes. Pourtant, la communication sur les réseaux sociaux nécessite toutes sortes d’apprentissages et le milieu scolaire est assurément un terreau idéal pour cela, en plus de pouvoir profiter de ses avantages pour moderniser les techniques d’enseignement.

Voici quelques niveaux d’influence de ces réseaux sur le système d’éducation.

Des parents branchés

Si les jeunes sont branchés, il ne faut pas oublier que bien des parents le sont aussi. Les enseignants sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à profiter de ce fait pour créer une page Facebook privée et y diffuser de l’information à l’intention des parents sur la vie de classe, les plans de cours, les devoirs et activités à venir.

À l’inverse, certains ont vécu de mauvaises expériences. Je me rappelle le cas d’une enseignante à qui des parents qui se faisaient un malin plaisir de pointer chaque faute d’orthographe qu’elle faisait sur sa page Facebook. Elle a finalement décidé d’arrêter complètement cette forme de communication. Qu’on soit d’accord ou pas avec le fait que les enseignants aient le droit de faire des erreurs, il reste que les réseaux sociaux apportent une dimension relationnelle délicate et une illusion de pouvoir due à la distance qui mériterait quelques leçons de bienséance à certains utilisateurs! Reste que les cas de succès sont nombreux et appréciés des parents en général.

De nombreuses écoles (secondaires surtout) et presque toutes les commissions scolaires possèdent aussi leur page Facebook publique pour y diffuser des nouvelles et échanger avec leur communauté. Voyez, par exemple, celle de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, de la Commission scolaire de la Capitale, de l’école secondaire de Rochebelle ou de l’école secondaire Mont-Saint-Sacrement.

De la cyberintimidation

Avec la démocratisation d’Internet et la multiplication des réseaux sociaux, on entend souvent dire qu’il est plus facile d’intimider, et qu’il vaut donc mieux garder les jeunes loin de ces outils de communication.

Si la cyberintimidation est effectivement un problème très grave, il n’en demeure pas moins que, selon Jasmin Roy, président et fondateur de la Fondation Jasmin-Roy, la majorité des cas d’intimidation se passe « en personne », très souvent à l’école. C’est ce qu’il expliquait lors d’une conférence prononcée lors du dernier colloque de l’Association québécoise des utilisateurs de l’ordinateur au primaire-secondaire (AQUOPS), en mars 2015 à Québec.

Responsabiliser les jeunes quant à l’utilisation des médias sociaux, leur montrer qu’on n’est jamais vraiment anonyme et encourager la dénonciation lorsqu’ils sont témoins d’actes virtuels répréhensibles restent des stratégies plus efficaces à long terme que l’interdiction totale. Et le milieu scolaire, appuyé d’intervenants spécialisés, a certainement un rôle à jouer dans cette éducation.

Des applications pédagogiques

Photo de Lucélia Ribeiro (CC BY-SA 2.0)
Photo de Lucélia Ribeiro (CC BY-SA 2.0)

Quittons les côtés négatifs des réseaux sociaux pour aller vers ce qu’ils ont de meilleur! Des alliés dans des projets pédagogiques engageants et stimulants pour les jeunes, ils en sont les champions!  Voici quelques exemples de projets qui se vivent dans nos écoles.

La twittérature

Par le biais de Twitter, les jeunes se font lancer des défis de rédaction. Par exemple, rédiger un « tweet » comprenant un mot spécifique, en évitant un article commun comme « le » ou « la », ou un « twoosh », c’est-à-dire une publication d’exactement 140 caractères. L’esprit de synthèse et la créativité sont au rendez-vous! La twittérature fait notamment partie de la vie de classe de Catherine Lapointe, enseignante au primaire à l’école Cœur-Vaillant-Campanile, à Québec.

Les Skype Mystère

Deux enseignants s’entendent sur la date et l’heure d’un rendez-vous en visioconférence. Au moment convenu, les élèves doivent poser des questions qui se répondent par « oui » ou « non » à l’autre classe pour deviner dans quelle ville ils se situent. C’est une formidable occasion de mettre à l’œuvre leurs connaissances en géographie, tout en collaborant et en utilisant des outils technologiques comme Google Maps. C’est l’une des activités préférées de la classe de 6e année de Julie Chandonnet, de l’école Saint-Denys-Garneau, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

La page Facebook pour publiciser un projet pédagogique

Des élèves du secondaire sont invités à créer une page Facebook pour promouvoir le court-métrage qu’ils ont créé dans le cadre d’un projet complémentaire à leurs études. Ils y font un lien vers la bande-annonce déposée sur YouTube, y publient des photos du tournage, des affiches du film et de l’information sur sa sortie publique prochaine. Ainsi, leurs parents, amis et autres personnes intéressées peuvent les suivre et les interroger sur leur processus. C’est ce que font les élèves du Collège des Compagnons, à Québec, dans le cadre de leur festival du film étudiant.

De l’ouverture sur le monde

Les enseignants qui exploitent de façon pédagogique les réseaux sociaux avec leur classe s’entendent tous pour dire qu’un grand avantage est l’ouverture sur le monde qu’ils permettent. Les échanges qui s’amorcent entre les « twittclasses » (nom donné aux classes ayant une identité sur Twitter), par exemple, donnent souvent lieu à de belles collaborations interclasses qui font tomber les limites géographiques.

Des élèves qui écrivent sur Twitter à l’auteur du livre qu’ils ont lu et analysé en classe vivent une expérience des plus enrichissantes quand ce dernier leur répond. Dans certains cas, des élèves blogueurs engagent des discussions avec des gens d’un secteur professionnel qui les intéresse et y trouvent une motivation supplémentaire à la réussite.

Ce ne sont là que quelques exemples de l’influence des réseaux sociaux sur le système d’éducation. Bien entendu, le degré d’ouverture à ces outils de communication varie énormément d’un établissement à l’autre. Une chose est sûre cependant, le Web social est là pour rester, et ceux qui font le choix de s’y intéresser ne le regrettent pas!