Bien que le secteur des TIC à Québec soit faste en emplois, il n’est pas aisé pour les travailleurs immigrants de s’y intégrer. Le manque de standardisation quant à la nomenclature des compétences autant que les critères serrés liés aux appels d’offres forcent bien souvent ceux-ci à retourner sur les bancs d’école avant de pouvoir trouver leur place professionnelle.

Voilà ce qui ressort d’une conférence qu’a donnée, en mai dernier, le professeur Michel Racine, du Département de relations industrielles de l’Université Laval, à la Bibliothèque Gabrielle-Roy.

Au Québec, c’est environ 55 000 immigrants qui arrivent, chaque année, principalement en provenance de l’Europe (43 %) et des Amériques (32 %). De ce nombre, 1000, voire beaucoup plus, ont des expertises liées aux TI – « Ces données sont issues du recensement 2006, mais tous les indices disent que ce pourcentage est beaucoup plus élevé aujourd’hui », précise le chercheur.

Dans la Capitale, ces travailleurs risquent bien d’être appelés à travailler dans quatre champs principaux d’activités, selon les chiffres colligés par le chercheur dans le cadre d’une étude réalisée en collaboration avec TECHNOCompétences :

  • l’administration publique et ses quelque 6000 travailleurs spécialisés,
  • le secteur des services-conseils qui regroupe environ 6800 travailleurs – dont près de 1000 consultants sous octroi hors de leur entreprise,
  • le domaine de la finance et des assurances au sein duquel 2700 travailleurs sont répartis au sein de 11 grands employeurs
  • et, enfin, loin derrière, le secteur des jeux vidéo avec 821 employés.

La majeure partie de ces travailleurs seront soit analystes ou consultants (9000), programmeurs (4000), gestionnaire de services (1000) ou opérateurs (2500).
De ces secteurs, c’est celui des firmes-conseils qui semble rassembler l’essentiel de l’expertise en TIC, regroupant, par exemple, 43 % de l’expertise en gestion, 60 % des ingénieurs logiciels et 42 % des ingénieurs informatiques.

Le travailleur immigrant qui arrive à Québec est appelé, rapidement, à découvrir cet écosystème, dans lequel il est rapidement confronté à différents défis liés à l’embauche : recherche d’employé lié aux projets en jeux vidéo, processus de sélection qu’on peut qualifier de « complexe » dans l’administration publique, expertises pointues recherchées, en lien avec les appels d’offres, chez les firmes-conseils…

« Et cela, dans un contexte où il n’y a pas, malgré ce qu’on peut entendre, de pénurie de travailleurs. Il y a un phénomène de rareté, oui, mais on ne peut parler de pénurie », indique Michel Racine.

Même appellation, réalité distincte

Rapidement, dans leur recherche d’emploi, les travailleurs immigrants sont confrontés au défi des compétences…

« Il y a des différences importantes dans les nomenclatures professionnelles en TIC, d’un pays à l’autre – ce sont des distinctions difficiles à saisir et, de ce fait, les travailleurs immigrants ne savent plus comment se vendre, quelles sont leurs compétences et, en parallèle, cela devient difficile pour une entreprise de bien évaluer les compétences des immigrants », explique Marie-Laure Dioh, doctorante en Relations industrielles à l’Université Laval.

Afin de bien saisir comment se vit le processus d’intégration dans le secteur des TIC à Québec, elle a réalisé – sous la direction du professeur Racine – des entrevues avec plusieurs travailleurs immigrants, au fil de différentes étapes de leur cheminement professionnel.

Selon elle, ces travailleurs sont confrontés à un défi de nomenclature : sous le même nom, un poste ou un diplôme peut parler d’une réalité distincte, entre ici et ailleurs…

« De ce fait, les travailleurs immigrants ne savent plus comment se vendre, quelles sont leurs compétences et, en parallèle, cela devient difficile pour une entreprise de bien évaluer les compétences des immigrants », explique Mme Dioh.

Cette situation en amène plusieurs à occuper des emplois déqualifiant, pour ensuite faire le choix de suivre une formation québécoise dans leur domaine. « Ils sont actifs, ils mettent en place des stratégies pour contrer ces défis, faire évoluer leur carrière », poursuit-elle. Des diplômes, collégiaux ou universitaires, leur permettent ainsi de définir leurs compétences, de répondre aux critères recherchés.

Mieux reconnaître les acquis

Pour le professeur Racine, l’une des clés liées à ces défis est rattachée à la reconnaissance des acquis : « Il nous apparaît que les besoins de compétences sont plus ou moins bien définis entre les différents secteurs d’activité en TIC. Il y aurait peut-être lieu de systématiser leur mode d’évaluation des compétences, de créer des référentiels qui permettraient de développer des formations d’appoint? »

Pour le travailleur immigrant, l’entrée sur le marché du travail n’est pas garantie. Le processus est individuel, et graduel, lié aux critères et réalités de la société d’accueil.
« L’immigrant doit faire ce qu’il y a à faire pour réussir à se vendre sur le marché québécois de l’emploi et nous, comme société d’accueil, devons nous être plus ouvert à la transférabilité des compétences », ajoute Marie-Laure Dioh.

Crédits pour la photo à la une : Laurent Neyssenas, sous creativ common Attribution 2.0 Generic