L’art numérique et la ville de Québec


29 mars 2016 | 10:34

En février dernier, j’ai participé au Mois Multi, un festival d’arts électroniques et multidisciplinaires se déroulant à Québec. Lors de ma visite des expositions et des installations, j’ai pu observer comment les artistes se servaient du numérique pour créer leurs œuvres. Par contre, entre ordinateurs, systèmes électromécaniques, performances sonores et projections vidéo, je me demandais, mais qu’est-ce que l’art numérique ? Qu’est-ce que le numérique représente pour l’artiste ? Et la ville de Québec, est-elle propice au développement de cette forme d’art ?

Afin d’éclairer ma réflexion, je me suis informée auprès de personnes issues du milieu : Simon Dumas, des productions Rhizome, François Vallée et Carol-Ann Belzil-Normand de la Chambre blanche, Sonia Paço-Rocchia, artiste et compositrice en résidence lors du Mois Multi et Mathieu Plasse, artiste, designer graphique et enseignant vivant à Québec.

Un noyau qui se développe lentement, mais sûrement !

Les arts à Québec se sont beaucoup développés au cours des quinze dernières années et on peut dire que la scène artistique de Québec est très dynamique. Il suffit de penser aux activités organisées par les centres de création et de diffusion, le Carrefour international de théâtre, les musées, l’École des arts de l’Université Laval ou encore, la Maison de la littérature. Danse, théâtre, littérature, expositions, contenus culturels, il y en a pour tous les goûts. Certaines des activités vont intégrer les technologies numériques, d’autres pas.

knocked-out2 Lorsque l’on regarde de plus près les arts numériques à Québec, le développement semble se faire plutôt lentement. Il faut dire aussi que la communauté artistique de Québec est un milieu relativement petit et que très peu d’artistes se consacrent exclusivement au numérique. De plus, selon François Vallée, à l’exception du complexe Méduse et de ses centres de création, les lieux de diffusion y sont peu nombreux. Certains centres, comme la Chambre Blanche, sont avant tout des ateliers de travail et ne sont pas exclusivement dédiés à la diffusion d’oeuvres numériques.  Il y a là un beau potentiel pour des galeries commerciales qui souhaiteraient s’engager dans la diffusion d’œuvres d’art numérique.

D’autre part, si Québec offre d’excellents programmes universitaires dans des domaines connexes tels que le jeu vidéo, le design, le graphisme ou l’intégration multimédia, pour ce qui est de l’art numérique, les choses sont différentes. Selon Mathieu Plasse, les établissements académiques qui enseignent les arts ont de la difficulté à fournir les outils nécessaires aux artistes qui désirent s’engager dans la voie du numérique. L’artiste doit surtout apprendre par lui-même et créer ses propres opportunités de diffusion.

Malgré tout, on observe de plus en plus d’intérêt envers l’art numérique autant de la part du gouvernement, qui souhaite que des projets numériques se développent, que de la part des citoyens, qui sont de plus en plus nombreux à participer aux activités. Comme manifestation de cette volonté, pensons notamment au Plan culturel numérique ou encore à des évènements ou des partenariats associant l’industrie numérique et les organismes culturels, tels que la Semaine numérique de Québec, qui connaîtra sa première édition en avril prochain. Comme autre bel exemple, citons Museomix, un grand rendez-vous international de passionnés qui a pour objectif de contribuer à l’émergence de la muséologie numérique. Cette initiative a d’ailleurs pris racine, ici, dans la ville de Québec. Pour en savoir plus, je vous invite à lire sur mon blogue le bilan de mon expérience au Museomix 2015.  Enfin, toutes ces actions ne peuvent qu’être positives pour le développement des arts numériques à Québec.

De la technique à l’expression artistique

Pour l’artiste, intégrer le numérique dans sa démarche signifie de consacrer du temps à comprendre le fonctionnement d’un outil pour ensuite s’en servir comme moyen d’expression. Il y a donc une certaine technicité qui caractérise le processus créatif et l’œuvre numérique.

Pour Sonia Paço-Rocchia, les techniques du numérique prennent le plus clair de son temps et elles font peu parti de sa démarche artistique elle-même. Par contre, le fait d’utiliser le numérique lui permet d’improviser davantage et de faire des œuvres plus instinctives. Ce qui n’est pas nécessairement possible lors de la création d’œuvres musicales plus conventionnelle où l’ordinateur est absent.

portrait_2Pour Mathieu Plasse, au-delà de l’utilisation des logiciels et de l’électronique, les arts numériques représentent la nouvelle frontière de l’expression artistique. Ces outils permettent d’automatiser les tâches répétitives liées à la création. L’artiste peut ainsi se concentrer sur la création et utiliser les « merveilles » de la technologie moderne pour créer des œuvres expressives : projections interactives, applications, appareils électroniques custom, contrôle de machinerie industrielle, impression 3D, réalité virtuelle, etc.

Tout comme Sonia, il aime le côté imprévu que lui apporte le numérique. Le processus de création étant principalement en amont dans le code, le résultat créé par ce code est souvent hors du contrôle de l’artiste, ce qui provoque un échange avec la machine qui est très stimulant et qui lui permet de devenir lui aussi spectateur durant le processus de création.

 

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L’art numérique : un terme transitoire ?

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Si l’on cherche une définition de l’art numérique, on risque de se perdre en chemin ! L’impact du numérique sur les arts et la culture est tellement important aujourd’hui qu’il devient difficile de catégoriser l’art numérique. Certes, une définition tel que fournit par le CALQ nous donne quelques pistes mais cela demeure très général. Simon Dumas affirme, quant à lui, que l ’art numérique est un terme transitoire.

Le numérique est peut-être une technique, mais c’est une technique qui a des conséquences profondes sur la culture. Simon mentionne que le numérique a permis la démocratisation des moyens de production et de création qui ont amené des changements dans les pratiques et les mentalités. Les technologies numériques sont omniprésentes dans nos vies et elles ont pénétrés toutes les formes d’art : cinéma, vidéo, télévision, littérature et arts du spectacle. Il s’agit, ni plus ni moins, du plus grand changement lié aux communications depuis l’imprimerie! Je vous invite d’ailleurs à lire l’essai de Rémy Rieffel Révolution numérique, révolution culturelle ? pour comprendre tout l’impact du numérique sur le domaine de la culture et des communications.

Si l’on tient à définir l’art numérique, on pourrait dire qu’il y a un consensus autour de la notion d’interactivité généré par un ordinateur ou tout autre support numérique. Et, idéalement, dans son processus de création, l’artiste devrait utiliser les outils du numérique pour concevoir et produire une œuvre (programmation, logiciels, appareils électroniques, etc.).

En somme, je dirais que ce n’est pas tant la définition de l’art numérique qui importe, mais plutôt de découvrir comment le numérique s’intègre dans la démarche de l’artiste et comment il arrive à transmettre sa vision du monde et à toucher son public, différemment.

Crédits photos : Sonia Paço-Rocchia – 2015  (Image à la une), Carol-Ann Belzil-Normand – 2016 (L’art numérique : un terme transitoire) et Mathieu Plasse (De la technique à l’expression artistique)

Crédit vidéo : Sonia Paço-Rocchia – 2016


Par Charlène Paradis

Charlène est conceptrice-rédactrice Web indépendante. Elle accompagne ses clients dans la planification, la création et l’optimisation de leur contenu Web. Professionnelle polyvalente, elle rédige pour différents domaines: art et culture, affaires, secteur manufacturier, vente et marketing, secteur public et informatique. Dans sa démarche de rédaction Web, elle s’intéresse particulièrement à l’expérience utilisateur et à l’accessibilité Web. Titulaire d’une maîtrise en histoire, elle possède plus de 7 ans d’expérience en administration universitaire.

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