4- Les infrastructures de la communauté


12 février 2016 | 10:00

Regards croisés sur les Communautés intelligentes

Notre chroniqueur Jacques Blanchet avec la complicité de Stéphane Roche – professeur en géomatique à l’Université Laval – ont concocté cinq chroniques sous forme de regards croisés sur divers aspects des communautés intelligentes. Chaque chronique présente le point de vue d’un intervenant du milieu et de Stéphane, notre expert en résidence.

Thématiques de la chronique : Les infrastructures nécessaires à la communauté pour évoluer dans le milieu de vie et le milieu de travail, la mobilité, la biodiversité et les services écosystémiques.

En quelques mots

C’est grâce à la collaboration et à la synergie qui s’installent entre les citoyens, l’administration et les acteurs économiques que la ville intelligente peut exister.

Marie-France Loizeau

Les défis auxquels les villes vont devoir faire face, et Québec n’y échappera pas, tant sur les plans démographiques, économiques et environnementaux sont tels par leur ampleur que des mesures de transitions douces n’y suffiront pas.

Stéphane Roche

Premier regard : Marie-France Loiseau, Ville de Québec

Marie-France Loiseau, Directrice du Service de la planification et de la coordination en aménagement du territoire

À Québec, le concept de ville intelligente se concrétise par la mise en place d’infrastructures d’information qui améliorent la qualité de vie des citoyens, l’offre de services et la gestion de la ville.

Que fait la Ville de Québec dans ces domaines ?

Marie-France LoiseauQu’il soit question de circulation, de loisir ou de recyclage, les municipalités sont bien présentes dans le quotidien de leurs citoyens et elles exercent une influence déterminante sur leur qualité de vie. Pour répondre à sa mission première, soit de fournir les meilleurs services possible à l’ensemble de la population, la Ville de Québec utilise les technologies, tant pour communiquer que pour transiger avec ses citoyens. De la diffusion d’une information très générale à l’utilisation de communications personnalisées et spatialisées, elle peut ainsi répondre aux besoins et questions des citoyens ou encore les consulter sur certains enjeux afin d’acquérir une meilleure connaissance de leurs perceptions.

D’abord, mettre en place l’infrastructure

En matière d’innovation technologique, la Ville s’appuie sur une importante infrastructure, la fibre optique, qui constitue le système nerveux de la ville intelligente. La Ville de Québec a développé un réseau de fibre optique reliant plus de 160 bâtiments sur son territoire.

Québec est, par ailleurs, l’une des villes les plus Wifi au pays avec plus de 500 bornes d’accès Internet gratuit, un service qui couvre au-delà de 60 % du territoire.

Ensuite, développer les bons services…

Dans la prestation de service, l’innovation se cristallise par une bonification continue de l’offre de services en ligne. Les transactions quotidiennes s’en trouvent ainsi grandement facilitées. On a qu’à penser aux multiples avantages que procurent aux utilisateurs l’application mobile Copilote, le renouvèlement des permis de déneigement et des permis de stationnement en ligne, l’inscription aux activités de loisirs en ligne, les demandes d’intervention auprès des services municipaux, l’assistant permis ou encore la carte interactive de la Ville de Québec. En favorisant l’autonomie des citoyens, les services en ligne contribuent à l’amélioration de leur qualité de vie et à la bonification de la performance organisationnelle. Les ressources ainsi libérées peuvent consacrer davantage de temps pour accompagner des clientèles vulnérables ou répondre à des besoins particuliers, par exemple.

Trouver de bons partenaires…

Parallèlement au développement en continu de son offre de services en ligne, la Ville mise sur des partenariats innovants pour améliorer sa prestation de services.

Ainsi, de concert avec le Laboratoire de cyberjustice de l’Université de Montréal, la Ville de Québec a récemment présenté les grandes lignes d’une entente de partenariat pour mettre sur pied une véritable cour numérique municipale. Comme l’a déclaré M. Patrick Voyer, membre du comité exécutif responsable des technologies de l’information à la Ville, « depuis plus de dix ans, nous assurons une veille des meilleures pratiques dans ce domaine au plan international. L’expertise développée par le Laboratoire viendra nous soutenir, de façon concrète, pour intégrer la technologie au sein du processus judiciaire afin d’améliorer la performance des activités et l’accessibilité à la justice pour les citoyens ».

Également, la Ville de Québec et le Réseau de transport de la Capitale (RTC) travaillent actuellement sur une nouvelle génération du gestionnaire artériel. Un gestionnaire artériel est un système informatique intégré qui permet d’optimiser la gestion des feux de circulation par l’utilisation des outils géomatiques et technologiques. Le scénario choisi répondra à plusieurs objectifs du Plan de mobilité durable tout en perfectionnant l’expérience du transport sur le territoire avec, par exemple, une meilleure coordination des feux de circulation, donc un gain sur les temps de déplacement.

Et consulter les citoyens

Pour échanger et recueillir de l’information citoyenne, la Ville tient fréquemment des consultations publiques en ligne (sondages, formulaires interactifs, sites de débat) sur d’importants projets de planification comme, par exemple, la Vision des déplacements à vélo. Ce mode de consultation connait du succès, rejoignant une frange de la population active qui, pour différentes raisons, ne se déplacerait pas dans les séances de consultation traditionnelle.

Faire participer les citoyens à l’élaboration des politiques publiques est un bon investissement dans la conception et la mise en œuvre de politiques de meilleure qualité et un élément crucial de la bonne gouvernance. Ces consultations permettent notamment de bonifier les projets de règlement avant leur adoption par le conseil municipal. En mobilité durable, les applications Mon Trajet Vélo et Mon Trajet Auto nous ont permis d’obtenir des données de qualité grâce aux citoyens qui se sont prêtés au jeu de l’expérimentation.

Pouvons-nous faire plus ?

Dans l’univers du numérique, où le changement constitue la norme, la Ville de Québec est consciente qu’elle doit continuer de bonifier son offre de services en ligne, en restant à l’affut des besoins de ses citoyens et en s’inspirant de ce qui se fait ailleurs.

De plus, si nos modes de consultation publique s’appuient actuellement sur des méthodes éprouvées, la Ville peut et doit rechercher ce qui se fait de mieux pour innover en matière d’information, de participation, de consultation et de rétroaction. À ce chapitre, les villes de BristolBordeaux et Rennes s’avèrent particulièrement inspirantes.

La Ville de Québec reconnait pleinement que c’est grâce à la collaboration et à la synergie qui s’installent entre les citoyens, l’administration et les acteurs économiques que la ville intelligente peut exister et c’est à cela qu’elle consacre ses efforts, jour après jour.

 

Deuxième regard : Stéphane Roche de l’Université Laval

Stéphane Roche, professeur en géomatique à l’Université Laval

Stéphane RocheJe vais là encore me concentrer sur ce que je connais le moins mal. Je crois pouvoir dire qu’en matière d’infrastructure de logement, d’habitation ou de services, la population de Québec n’a pas grand-chose à envier à ses homologues canadiennes. On pourrait toujours discuter de certains choix de densification, de certains projets d’écoquartier, de la pertinence de quelques grandes infrastructures ou du caractère quelque peu « démagogique » d’autres projets très médiatisés bien entendu. On pourrait même revisiter les débats récents suscités par certains PPU.

Mais il est selon moi un domaine préoccupant dans lequel la ville de Québec peine à progresser, dans lequel même dans son plan de développement 2050, elle s’engage dans une voie qui me semble malheureuse et dangereuse. Je parle des mobilités. Toutes les études à travers le monde montrent sans équivoque que l’accroissement et l’élargissement des infrastructures routières comme remède à la saturation des réseaux produisent très exactement à moyen terme, l’opposé de ce qui est recherché. Envisager aujourd’hui d’élargir les infrastructures autoroutières à Québec, ce serait comme dire aux automobilistes « allez-y, y a pas de problèmes… continuez, pas la peine de chercher une alternative, on vous arrange le coup ». C’est pourtant ce qui me semble se produire aujourd’hui à Québec.

Nous voyons notre aéroport s’ouvrir sur le monde, s’agrandir et aucun système de transport en commun pour le desservir. La Société des transports de Lévis – STL et le Réseau de Transports de la Capitale -RTC continuent de considérer qu’ils sont en compétition. J’imagine que personne n’a informé leur direction que nous étions en 2015 et que sur chacune des rives du Saint-Laurent, certains élus rêvent à la ville intelligente… Impossible de prendre un bus de la STL à l’université Laval et de s’arrêter sur le territoire de la ville de Québec pourtant. Quelle logique spatiale pour un étudiant ? Les mobilités ne peuvent être intelligemment pensées sans ouverture multimodale et sans mettre les échelles en perspective. Les deux ponts sont saturés et le réseau de transport en commun interrives est d’un autre âge…

ll est aussi symptomatique de constater combien les aménagements résidentiels ne prennent que peu souvent, pas d’ailleurs, en compte dans leurs études, les impacts à court, moyen et long terme sur la densification du trafic automobile. Densifier la population, lutter contre l’étalement urbain impliquent pourtant de développer concomitamment des supports à la mobilité repensés, au risque de densifier aussi le trafic automobile et d’accroitre encore la pression sur des réseaux déjà saturés. Les alternatives existent (tramway, bus rapide, intermodalité, mobilités actives et équipées, transport à la demande…), elles peuvent être couteuses, elles sont contraignantes, elles imposent à chacun des changements, certains y gagnent, d’autres y perdent. Mais les défis auxquels les villes vont devoir faire face, et Québec n’y échappera pas, tant sur les plans démographiques, économiques, environnementaux… sont tels par leur ampleur comme par leur célérité, que des mesures de transitions douces n’y suffiront pas. Il va nous falloir accepter des ruptures, des changements radicaux, nous allons devoir innover et développer notre résilience. Mais au fond n’est-ce pas cela la véritable intelligence ?

 

 


Par Leblancdesyeux

Jacques Blanchet a œuvré 7 ans comme artiste en arts visuels et 7 ans dans la rédaction de normes québécoises et internationales. Claude Chevalot a dirigé des organisations dans le domaine social et touristique durant près de 15 ans puis elle a été recrutée par les entreprises technologiques pour faciliter les changements de comportement chez les clients. Aujourd’hui, Jacques conseille dans la gestion de changement et l’engagement des publics. Claude écrit à temps plein des livres pour enfants, des romans, des textes pour des artistes et réalise des travaux de traduction et de révision. Ensemble, ils forment Leblancdesyeux.

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